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L'écosystème-chou

Promenade écologique dans un carré de choux.

II y a plusieurs façons de voir le chou, notre bon gros chou. La plus simple consiste à l'envisager comme une graine tirée d'un sachet et semée dans un endroit précis du potager dans le but exclusif de nous fournir, dans des délais raisonnables, le légume correspondent à l'image du catalogue. Nous-mêmes, aux Quatre Saisons, avons sacrifié plusieurs fois à cette approche primaire à l'occasion d'articles -- néanmoins excellents -- tels ceux du n° 21 de la revue.

Mais vous commencez à vous douter qu'il`peut y avoir un autre point de vue sur notre crucifère préférée, et que le but de cet article est de vous le présenter. C'est que le chou est plus qu'un légume. Comme toute autre espèce végétale, il est le soleil d'un système où planètes et satellites seraient des insectes et autres êtres vivants reliés à lui de manière tout à fait spécifique. Bref, il y a un véritable univers du chou, que les scientifiques appellent "zoocénose" (du grec zoon, animal, et koinos, commun). En incluant les champignons, vers et microbes divers liés au chou, le sol, I'air et le soleil qui lui permettent de pousser, on obtient un véritable écosystème du chou.

Pour ne parler que des insectes gravitant autour du chou, Pimentel, un entomologiste américain, en a recensé 177 espèces, dont 8 consommant directement le chou, les autres chassant ou parasitant celles-ci. Un autre auteur en compte, lui, 199. On imagine la complexité de ce microcosme!

Le chou: niveau 1 de la chaîne alimentaire

Ce que nous avons appelé « écosystème chou » est en réalité une chaîne alimentaire où chaque maillon est dévoré--ou simplement consommé--par le suivant. Nous retrouvons la cure loi de la vie: manger et être mangé.

Notre chou est evidentement le premier maillon vivant dans la chaîne écologique qui nous intéresse: en tant que végétal vert, il est capable de tirer son énergie du rayonnement solaire grâce à sa chlorophylle. II utilise aussi, bien sûr, pour sa nutrition, I'air, I'eau et les éléments présents dans le sol.

Se nourrissant à partir d'éléments morts, minéraux, le chou est le seul vrai «producteur >> de la chaîne. C'est lui qui nourrit tout le monde, de la chenille au jardinier en passant par le champignon de la hernie du chou.

Une précision: nous parlons, depuis le début de cet article, « du » chou. II y a, en réalité, «des choux, appartenant pour a plupart à la même espèce (Brassica oleracea) ou à des espèces voisines (chou de Chine, chou-navet...). Par-delà leurs silures aussi diverges qu'originales, tous ces choux ont en commun leur composition biochimique, en particulier ce qui fait leur odeur. Et c'est d'une importance capitale pour ce qui suit: si la faune typique du chou reconnaît en effet sa plantehôte, dans un premier temps, à sa forme et à sa couleur, elle obtient ou non confirmation grâce au goût.

Niveau 2: les ravageurs ou consommateurs primaires

Les consommateurs primaires sont les organismes vivants qui se nourrissent directement du chou. Le jardinier les connaît--fort bien--sous le nom de ravageurs, pestes, nuisibles ou parasites. II faut noter qu'il fait lui-même partie de cette catégorie.

II est impossible de citer tous les consommateurs de chou. Comme les Auvergnats, qui consomment du chou mais pas que du chou, un certain nombre d'autres consommateurs primaires vent dits non spécifiques. Ces animaux, qui comptent dans leurs rangs les limaces, les lapins, les hannetons, etc., nous intéressent moins, du fait de leurs infidélités à ['objet de notre étude, que les insectes phytophages spécifiques du chou, c'est-à-dire se nourrissant exclusivement de ce végétal ou d'une espèce voisine. Les principales espèces vent les suivantes:

-- la piéride du chou (Pieris brassicae): célèbre papillon blanc dont les chenilles attaquent les feuilles de chou en troupes serrées;

-- l'altise (Phyllotreta sp.): petit coléoptère transformant les plantules et les jeunes feuilles en passoires, surtout par temps sec;

-- la mouche du chou (Phorbia brassicae): elle se manifeste par ses larves, petite asticots attaquant les racines;

-- le puceron cendré du chou (Brevicoryne brassicae): ses colonies, d'aspect farineux, provoquent des déformations et des décolorations des feuilles du chou; -- la noctuelle du chou (Mamestra brassicae): grosse chenille qui vit à l'abri du feuillage; se reconnaît au fait qu'elle s'enroule sur elle-même.

Chacun de ces ravageurs possède son cortège d'ennemis naturels, constituent le niveau 3 de la chaîne écologique.

Niveau 3: les parasites et prédateurs

Au niveau 2, nous avions affaire à des végétariens. Le niveau supérieur est. lui, nécessairement carnivore. Mais ces carnivores peuvent être fort différents les uns des autres. Nous avons, d'une part, des prédateurs, c'est-à-dire des animaux qui chassent les proies dont ils se nourrissent, et, d'autre part, des parasites, qui effectuent une partie au moins de leur développement à l'intérieur de leur victime, se nourrissant de sa substance tout en évitant soigneusement de la faire mourir. . . trop vite !

Les prédateurs sont, en principe, plus gros que leurs proies, et au moins aussi rapides.

Les oiseaux insectivores font partie des prédateurs, et ils jouent certainement un rôle régulateur en consommant les formes volantes d'insectes ravageurs du chou (mouches, papillons, pucerons migrants). Mais les prédateurs les plus efficaces vent des insectes. Les célèbres coccinelles, redoutables chasseresses de pucerons, n'ont par malchance aucun goût pour le puceron du chou, mais elles sont avantageusement remplacées par de petites punaises prédatrices appartenant aux genres Anthocorides, Mirides et Nabides, qui s'attaquent aussi aux jeunes chenilles.

Les syrphes, ces mouches rapides qui font du sur-place au-dessus des fleurs, sont, par l'intermédiaire de leurs larves, d'excellents prédateurs des pucerons.

Au ras du sol, sous les choux et ailleurs, courent les carabes, qu'il ne faut pas confondre avec les scarabées, plus gros, massifs, phytophages (2) et plutôt rares dans les jardins. Les carabes sont allongés et élégants, avec leur taille bien marquée et leurs élytres souvent ornés. Gros consommateurs de petites limaces, ils font aussi du nettoyage dans les populations d'altises et d'asticots divers (mouche du chou, en particulier).

Profitons de l'occasion pour réhabiliter-- du moins aux yeux des jardiniers biologiques récemment convertis, les autres étant au courant--le malheureux perce-oreille. On ne répétera jamais trop que les pétales de dahlia viennent loin derrière les pucerons et les jeunes chenilles dans le régime de notre dermaptère. II trouve donc dans le chou un terrain de chasse idéal quand, la nuit venue, il quitte son abri. Son activité est essentiellement automnale.

Les parasites constituent un groupe beaucoup plus discret que celui des prédateurs (quel jardinier peut affirmer en avoir vu ?), mais néanmoins très efficace dans la limitation des occupants du niveau 2.

Des chercheurs hongrois ont étudié les parasites de la piéride. Ils ont ramassé, dans un jardin bien garni de choux, des ufs, des chenilles et des chrysalides (3) de l'espèce en question, et les ont élevés en laboratoire. Ils se vent aperçu qu'une partie de ces échantillons, loin de poursuivre leur destinée " normale ", donnaient en réalité naissance à de petites guêpes ou à des mouches tout à fait particulières: les fameux parasites. Et des comptages leur permirent d'évaluer les taux de parasitisme, c'est-à-dire la proportion d'ufs, de chenilles ou de chrysalides parasités, donc détruits, à un instant donné.

(2) Consommateurs de plantes.

(3) Stade intermédiaire entre la larve (chenille) et l'adulte (papillon).

Tous les ufs ramassés se révélèrent ainsi habités par les larves d'un micro hyménoptère baptisé du doux nom de Trichogramma evanescens (une espèce de moucheron qui est en réalité une guêpe). Les chenilles, elles, engendrèrent pour 47 % d'entre elles soit des mini guêpes nommées Apanteles glomeratu, soit des mouches de la famille de Tachinaires (Compsilura concinnata).

Enfin, 22 % des chrysalides manifestèrent un parasitisme dû pour moitié à UT hyménoptère (Pteromalus puparum) e pour moitié à la mouche sus-citée.

Une chose vous aura peut-être choqué dans ces chiffres: les 100 % de parasitisme sur les ufs de la piéride. D'où sortent donc les chenilles qui envahissent vos choux à vous ? En fait, le parasitisme, comme l'action des prédateurs, varie dans le temps. En début de saison, les insectes phytophages (autrement dit du niveau 2) se multiplient avec un temps d'avance sur ceux du niveau 3, du fait même que les seconds se nourrissent des premiers. Plus tard en saison, les entomophages faisant bien leur travail, leurs proies ou hôtes régressent, et c'est à ce moment que l'on observe de forts taux de parasitisme. Précisons que le travail des Hongrois avait lieu en août, période de pleine activité des parasites.

Les hyménoptères parasites s'attaquent aussi à la noctuelle et à la mouche du chou, selon le même schéma que pour la piéride.

Niveau 4: les hyperparasites

Où crasser les animaux qui vivent aux dépens du niveau 3 ? En effet, une hirondelle (prédateur) gobera indistinctement une mouche du chou (niveau 2) ou un Apanteles (niveau 3).

Et elle ne sait pas, la malheureuse, qu'elle nous oblige à créer un niveau 4, où elle cohabite, au moins en partie, avec les autres prédateurs qui vent très éclectiques dans le choix de leurs proies, les carabes par exemple.

Mais les occupants les plus authentiques du niveau 4 vent les parasites de parasites, appelés par les entomologistes hyperparasites. Les chercheurs hongrois cités plus haut ont ainsi pu observer l'émergence de petites guêpes du genre Tetrastichus à partir de cocons d'Apanteles, eux-mêmes sortis d'une chenille de piéride. II y a aussi des insectes-gigognes!

Quand interviennent positivement fleurs et mauvaises herbes.

Après avoir décrit le petit monde du chou, nous voilà bien avancés sur le plan pratique! Tout au plus petit-on, avec un peu de bon sens, déduire de cette complexité qu'il faut éviter de jouer les éléphants dans un magasin de porcelaine, et donc ne pas « traiter à tort et à travers... Car le niveau 3, celui qui travaille pour nous, est beaucoup plus lent à se rétablir que le niveau 2, celui des pestes.

Pour aller plus loin dans notre recherche écologique, il faut maintenant considérer que la chaîne alimentaire qui part du chou est reliée à une foule d'autres chaînes du même type, reposant sur d'autres espèces végétales, sauvages ou cultivées.

Si vous vous demandez ce que font les punaises prédatrices quand vous n'avez pas de choux puceronnés à leur offrir dans votre jardin, cherchez-les sur les capucines, toujours porteuses de juteuses colonies de pucerons (inoffensifs...), ou, tôt au printemps, sur les chatons de saules, qui les approvisionnent en pollen. Voilà déjà deux chaînes alimentaires qui croisent celle du chou...

Et les Apanteles ? Ils savent fort bien trouver leur hôte exclusif--la piéride--sur une crucifère sauvage ou (encore elle!) la capucine.

D'une manière générale, les insectes prédateurs et parasites sont, au stade adulte floricoles. Cela signifie qu'ils se nourrissent dans les fleurs. de nectar pour les sucres et de pollen pour les protéines. Pas de fleurs, pas de parasites! Les chercheurs ont même pu observer que certaines fleurs sont plus attractives que d'autres pour les insectes utiles. Bonnemaison, un entomologiste français, a ainsi comparé deux parcelles de jardin éloignées l'une de l'autre de 150 m, I'une étant entourée de fleurs et l'autre pas. II a constaté que le muflier et le souci étaient les fleurs les plus appréciées par les syrphes, mais que le doronic, I'aster, le pourpier, le coréopsis et la gaillarde sont également très intéressants. Cependant, il n'a pas pu prouver que les fleurs augmentent l'efficacité des entomophages dans la protection d'une culture de « mauvaises herbes en nombre limité --favoriserait ainsi la régulation naturelle des pucerons du chou et des piérides.

Parmi les plantes citées, soit comme sources de pollen, soit comme source~ alternatives de pucerons ou de chenilles: le cresson de jardin (Barbarea vulgaris), le raifort (Armoracia rusticans), les cardamines, la passerage (Lepidium campestre), les moutardes, les renouées (Polygonum spp.), le chénopode blanc (Chenopodium album), la morelle noire (Solanum nigrum), la spergule (Spergula aruensis), la ravenelle (Raphanus raphanistrum).

Altieri--un entomologiste américain-- a pu montrer que le fait de semer de la moutarde (à floraison rapide) avec les choux fait passer le taux de parasitisme d'Apanteles glomeratus sur la piéride de 10 % à 60 %.

Vous vous dites sûrement, maintenant, qu'il ne doit pas être mauvais d'implanter quelques fleurs dans le potager, voire même d'y laisser subsister quelques mauvaises herbes. Vous n'avez pas tort, et cette stratégie est maintenant préconisée par certains spécialistes pour renforcer l'action des ennemis naturels des ravageurs des cultures. Ils conseillent en général d'implanter, près des cultures à protéger, d'excellentes plantes mellifères, de préférence choisies dans les familles des composées (souci, camomille...) ou des ombellifères (fenouil, aneth...). La phacélie et le sarrasin sont également très bons. Alors, la prochaine fois que vous plantez des choux (6), assurez-vous qu'il existe bien, à proximité, quelques stations-refuges pour vos auxiliaires. Et, vous verrez, votre pulvérisateur n'aura bientôt plus d'autre utilité que celle d'abriter quelques araignées, membres des niveaux 3 et 4..

 

© 19-- Reproduit avec permission. Tous droits réservés.


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